PFOF interdit au 30 juin 2026 : votre courtier va-t-il devenir plus cher ? Attention Trade Republic


Le Payment for Order Flow, ou PFOF, est sans doute le mécanisme financier le plus rentable dont vous n’avez jamais entendu parler. C’est lui qui permet à des courtiers comme Trade Republic d’afficher zéro commission tout en continuant à gagner de l’argent. Et c’est lui que l’Union européenne vient d’interdire, avec une date d’entrée en vigueur fixée au 30 juin 2026.

J’ai creusé ce sujet parce que beaucoup d’abonnés m’ont posé la même question : est-ce que mon courtier va augmenter ses frais après cette date ? La réponse dépend du courtier que vous utilisez. Et comme elle n’est pas simple, j’ai préféré faire le tour complet plutôt que de répondre en trente secondes.

⚠️ Avertissement : Cet article est à but éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
01 Le PFOF : un coût invisible à chaque ordre

Quand vous achetez une action sur Trade Republic, votre ordre ne part pas directement en bourse. Il transite d’abord par un teneur de marché, un intermédiaire spécialisé qui exécute la transaction à votre place et verse une commission au courtier en échange. Ce flux d’argent que le teneur de marché paie au courtier pour recevoir vos ordres, c’est le Payment for Order Flow.

Le teneur de marché, lui, se rémunère autrement : il vous vend l’action légèrement plus cher qu’il ne l’a achetée, ou il vous l’achète légèrement moins cher que vous ne l’auriez obtenu en marché ouvert. Cet écart s’appelle le spread. Vous ne le voyez jamais comme une ligne dans votre relevé de compte. Mais vous le payez à chaque transaction.

Concrètement, sur Trade Republic, ce spread représente environ 0,11 % pendant les heures normales de cotation Xetra. En dehors de ces horaires, c’est-à-dire avant 9h ou après 17h30, il peut grimper entre 0,5 % et 1,5 % selon le titre. Sur un achat de 5 000 euros hors marché, ça fait entre 25 et 75 euros de coût caché sur une seule transaction. Un investisseur qui passe régulièrement des ordres le soir paye souvent bien plus que les 1 ou 2 euros de commission qu’il aurait réglés sur un courtier classique, sans jamais s’en rendre compte.

Détail d'une transaction Trade Republic avec spread d'exécution
Le spread est intégré au prix d’exécution — il n’apparaît jamais comme une ligne de frais dans l’application
0,11 %
spread moyen Trade Republic pendant les heures Xetra (9h-17h30)
0,5–1,5 %
spread estimé hors horaires de cotation sur certains titres
À retenir
  • Le PFOF est une commission versée par un teneur de marché à votre courtier en échange de recevoir vos ordres
  • Votre coût réel se matérialise dans le spread : un écart de prix qui n’apparaît jamais explicitement dans votre relevé
  • Ce coût est plus élevé hors heures de cotation et peut largement dépasser une commission fixe classique sur des ordres importants
02 Pourquoi l’Europe a décidé d’interdire cette pratique

Le problème central du PFOF, ce n’est pas son existence en soi. C’est le conflit d’intérêts qu’il crée. Un courtier qui reçoit de l’argent d’un teneur de marché particulier n’a objectivement plus intérêt à chercher le meilleur prix d’exécution pour vous. Il a intérêt à router vos ordres vers celui qui le paie le mieux. Ces deux objectifs sont rarement les mêmes.

L’Union européenne a tranché là-dessus dans la révision du règlement MiFIR, adoptée par le Conseil de l’UE le 20 février 2024. Le texte est clair : le PFOF est incompatible avec l’obligation de « meilleure exécution » que les courtiers doivent respecter vis-à-vis de leurs clients. L’interdiction s’applique à l’ensemble des marchés européens.

Pourquoi juin 2026, et pas 2024 ? Parce que l’Allemagne a négocié une exemption temporaire. Des courtiers comme Trade Republic, immatriculés outre-Rhin, ont donc pu continuer à utiliser le PFOF pendant une période de transition. Cette dérogation prend fin le 30 juin 2026. Après cette date, aucune exception n’est prévue dans les textes actuels.

Photo de Quentin Retour d’expérience : Quentin

Quand j’ai commencé à investir, mon réflexe était simple : « zéro commission égale moins cher ». C’est ce que tout le monde pense, et c’est ce sur quoi les courtiers low-cost ont construit leur marketing. J’ai mis du temps à comprendre que le vrai coût ne se lit pas dans les frais de courtage, mais dans le prix d’exécution. Une fois que vous avez saisi ça, votre façon de comparer les plateformes change complètement.

L’interdiction du PFOF ne va pas tout régler d’un coup. Mais elle force une forme de transparence qui n’existait pas avant. Je trouve que c’est une bonne chose, même si ça va temporairement déstabiliser des modèles économiques entiers.

À retenir
  • Le PFOF crée un conflit d’intérêts structurel : le courtier est incité à favoriser le teneur de marché qui le paie, pas celui qui vous offre le meilleur prix
  • L’interdiction est inscrite dans la révision MiFIR adoptée le 20 février 2024 par le Conseil de l’UE
  • La date limite est le 30 juin 2026, suite à une exemption temporaire accordée à l’Allemagne lors des négociations
03 Trade Republic : le courtier le plus exposé

Trade Republic est probablement la plateforme dont l’avenir est le plus incertain dans ce contexte. Le PFOF représentait environ un tiers de ses revenus en 2024. Supprimer cette source sans rien changer d’autre, c’est mécaniquement un trou significatif dans leur compte de résultat. La question n’est donc pas vraiment « est-ce que Trade Republic va réagir ? », mais « comment ? »

La plateforme a obtenu en janvier 2026 une licence auprès de la BaFin pour créer sa propre infrastructure de trading. L’objectif : devenir elle-même teneur de marché, en internalisant la fonction qu’assuraient jusqu’ici des acteurs externes comme Lang & Schwarz. Officiellement, Trade Republic affirme qu’aucune hausse de frais n’est prévue. Les analystes restent sceptiques. Les scénarios les plus souvent cités tablent sur l’introduction de frais entre 2 et 3 euros par ordre après juin 2026.

Devenir son propre teneur de marché est une stratégie à double tranchant. Ça permet à Trade Republic de contrôler toute la chaîne sans dépendre de tiers. Mais ça crée aussi un nouveau conflit d’intérêts potentiel : la plateforme aura un intérêt économique direct dans l’exécution de vos ordres. Les régulateurs européens ne manqueront pas d’y regarder de près.

Trade Republic obtient une licence BaFin pour créer son propre lieu de négociation
Source : Mind, janvier 2026 : Trade Republic cherche à internaliser l’exécution des ordres pour compenser la fin du PFOF
~⅓
des revenus de Trade Republic provenaient du PFOF en 2024
2–3 €
frais par ordre évoqués par les analystes pour l’après-PFOF
À retenir
  • Trade Republic dépendait du PFOF pour environ un tiers de ses revenus : l’impact de la suppression est significatif
  • La licence BaFin obtenue en janvier 2026 lui permet de devenir son propre teneur de marché, mais crée un nouveau conflit d’intérêts potentiel
  • Les déclarations officielles (« aucune hausse prévue ») ne constituent pas un engagement contractuel : les annonces de printemps 2026 seront décisives
04 Les autres courtiers : qui est touché, qui ne l’est pas

Trade Republic n’est pas le seul dans cette situation. Voici une vue d’ensemble des principales plateformes accessibles aux investisseurs français.

CourtierPFOF utilisé ?Impact estimé post-juin 2026PEA disponible ?
Trade RepublicOui, très dépendant (~⅓ des revenus)Élevé : hausse de frais probableOui
DEGIROOui, partielModéré : groupe Flatex diversifiéNon
eToroOui, sur certains marchésModéré : spreads déjà largesNon
XTB (PEA)Non, sur le PEATrès faible : modèle différentOui
Bourse DirectNonNul : commissions visibles uniquementOui
FortuneoNonNul : commissions visibles uniquementOui

DEGIRO : une exposition limitée par un groupe solide

DEGIRO utilise partiellement le PFOF, mais sa situation est plus confortable que celle de Trade Republic. La plateforme appartient au groupe Flatex, un acteur bancaire allemand aux revenus diversifiés, ce qui lui donne une marge d’absorption que Trade Republic n’a pas. L’impact attendu sur les frais reste qualifié de modéré. La vraie limite de DEGIRO pour un investisseur français reste structurelle : pas de PEA. Ce qui la rend difficilement comparable aux courtiers qui en proposent un.

XTB et les courtiers à commission : les moins exposés

XTB ne dépend pas du PFOF pour les revenus générés par son PEA. Le modèle de la plateforme repose principalement sur ses activités CFD et sur les intérêts générés par les positions en cash. L’interdiction de juin 2026 ne remet donc pas en cause son modèle économique sur la partie actions et ETF en PEA.

Bourse Direct et Fortuneo sont dans la même situation, pour une raison différente : elles ont toujours fonctionné sur un modèle à commission visible. Pas de PFOF, donc pas de dépendance à supprimer. Ces deux courtiers ressortent indemnes de cette réglementation.

À retenir
  • Trade Republic et DEGIRO sont les courtiers les plus exposés à cette transition réglementaire
  • XTB, Bourse Direct et Fortuneo ne dépendent pas du PFOF : leur modèle ne sera pas déstabilisé par l’interdiction
  • L’absence de PEA chez DEGIRO et eToro est une contrainte structurelle qui rend la comparaison asymétrique pour un investisseur français
05 Ce que je ferais concrètement avant juin 2026

Quelques mois de recul avant une échéance réglementaire, c’est exactement le bon moment pour regarder sa situation calmement. Pas pour tout changer en urgence, mais pour anticiper sans être surpris.

Si vous êtes client Trade Republic

Le modèle actuel reste opérationnel jusqu’au 30 juin 2026. Vos investissements réguliers peuvent continuer normalement d’ici là. Ce que je surveillerais de près, c’est la période mars-mai 2026 : c’est probablement à ce moment que les courtiers concernés annonceront leurs nouvelles grilles tarifaires. Gardez un oeil sur les e-mails de la plateforme et la presse financière spécialisée pendant cette fenêtre.

Je ne planifierais pas une stratégie long terme en partant du principe que les frais resteront à zéro. Ce n’est pas un engagement contractuel, et l’historique des plateformes low-cost montre que les conditions peuvent évoluer vite.

Si vous cherchez un PEA stable sur la durée

Le PEA XTB offre aujourd’hui 0 % de commission jusqu’à 100 000 euros de transactions par mois, sans frais de garde, sans frais d’inactivité, sans frais de retrait. Son modèle économique ne dépend pas du PFOF. C’est une des rares plateformes dont je peux dire avec une certaine confiance que l’interdiction de juin 2026 ne modifiera pas les conditions tarifaires sur la partie PEA.

Un point à connaître avant de décider : les transferts entrants de PEA depuis un autre courtier n’étaient pas encore disponibles début 2026 chez XTB. Si vous avez déjà un PEA ouvert ailleurs, vérifiez l’avancement de cette fonctionnalité avant de vous lancer. Pour une nouvelle ouverture, rien ne bloque.

Si vous investissez via un compte-titres ordinaire

DEGIRO, Bourse Direct et Fortuneo restent des options sérieuses. DEGIRO pour l’accès à une large gamme de marchés internationaux, Bourse Direct et Fortuneo pour leur modèle transparent et leur ancienneté sur le marché français. Aucun des trois n’est exposé de façon critique à cette interdiction.

Interface du PEA XTB avec accès aux ETF et actions
Le PEA XTB : 0 % de commission jusqu’à 100 000 euros de transactions mensuelles, sans dépendance au PFOF (extrait de ma vidéo Youtube)
Photo de Quentin Retour d’expérience : Quentin

J’ai ouvert mon PEA XTB en 2024 après avoir comparé sérieusement les options disponibles. Ce qui m’a convaincu, ce n’était pas uniquement le 0 % de commission. C’était la lisibilité du modèle : je comprenais exactement pourquoi c’était gratuit jusqu’à 100 000 euros de transactions, et ce qui se passait au-delà. Ce type de transparence est précisément ce qui manquait aux plateformes basées sur le PFOF.

Ce que j’aurais fait différemment : vérifier avant d’ouvrir si les transferts entrants étaient disponibles. Ça m’aurait évité de gérer deux PEA en parallèle pendant quelques mois. Un détail qui compte quand on cherche à simplifier.

À retenir
  • Les annonces tarifaires officielles des courtiers concernés tomberont probablement entre mars et mai 2026 : c’est le moment de surveiller
  • Le PEA XTB est une option dont le modèle est lisible et indépendant du PFOF : 0 % jusqu’à 100 000 euros/mois, sans frais de garde ni de retrait
  • Les transferts entrants de PEA vers XTB n’étaient pas disponibles début 2026 : à vérifier avant de décider un transfert depuis une autre plateforme

Ce que je retiens de tout ça

L’interdiction du PFOF est une bonne nouvelle pour la transparence des marchés. Elle oblige enfin les courtiers à afficher clairement ce que coûte une transaction, plutôt que de le diluer dans un spread invisible. La contrepartie, c’est que certains modèles « gratuits » vont devoir se réinventer. Et cette réinvention a de fortes chances de se faire en partie aux frais des clients.

Trade Republic reste opérationnel jusqu’en juin 2026 et a une stratégie pour s’adapter. Mais l’incertitude sur les tarifs post-PFOF est réelle. Si vous cherchez un PEA dont le modèle est lisible et stable sur la durée, c’est le bon moment pour regarder les alternatives, sans urgence, mais sans attendre le dernier moment non plus.

J’ai rédigé un avis complet sur le PEA XTB sur Les Avis d’Emilie, et j’ai aussi tourné une vidéo sur le sujet si vous préférez ce format :

Mon avis complet sur le PEA XTB : frais réels, fonctionnalités, ce que j’en pense vraiment

Lire l’avis PEA XTB sur Les Avis d’Emilie

Questions fréquentes sur l’interdiction du PFOF

Le PFOF est-il déjà interdit en France ?

Pas encore. La révision MiFIR adoptée en février 2024 prévoit une période de transition, avec une exemption accordée à l’Allemagne jusqu’au 30 juin 2026. Les courtiers immatriculés outre-Rhin, comme Trade Republic, peuvent encore légalement utiliser le PFOF pour des clients français jusqu’à cette date. À partir du 1er juillet 2026, la pratique sera interdite sur l’ensemble des marchés européens sans exception.

Trade Republic va-t-il augmenter ses frais après juin 2026 ?

Officiellement, la plateforme assure qu’aucune hausse n’est prévue. Mais le PFOF représentait environ un tiers de ses revenus en 2024 : cette promesse est difficile à tenir sur le long terme sans ajustement. Les scénarios les plus évoqués par les analystes anticipent l’introduction de frais entre 2 et 3 euros par ordre. Les premières annonces officielles sont attendues au printemps 2026.

Mon PEA Trade Republic est-il en danger ?

L’enveloppe PEA est protégée par la loi française : vos titres ne disparaissent pas. Ce qui peut changer, c’est le coût d’utilisation de la plateforme. Si Trade Republic introduit des frais par ordre, une stratégie d’investissement régulier deviendra mécaniquement plus coûteuse. Le PEA XTB est une alternative à envisager si vous souhaitez anticiper, avec la nuance que les transferts entrants n’étaient pas encore disponibles début 2026.

DEGIRO propose-t-il un PEA en France ?

Non. DEGIRO ne propose pas de PEA pour les résidents français. La plateforme permet d’ouvrir un compte-titres ordinaire, ce qui convient à certains profils, mais sans les avantages fiscaux du PEA. Si cette enveloppe est centrale dans votre stratégie, il faut regarder ailleurs.

XTB utilise-t-il le PFOF sur son PEA ?

Non. Sur son PEA, XTB ne dépend pas du PFOF. Les revenus de la plateforme viennent principalement de ses activités CFD et des intérêts générés sur les positions en cash. C’est précisément pour cette raison que l’interdiction de juin 2026 n’affecte pas le modèle du PEA XTB. La plateforme est régulée par la KNF en Pologne et par l’AMF en France.

Le PFOF existe-t-il aussi aux États-Unis ?

Oui, et c’est là qu’il est le plus répandu. Des plateformes comme Robinhood ont bâti tout leur modèle dessus, ce qui a généré des controverses importantes lors des épisodes de volatilité de 2021. La SEC américaine a envisagé des restrictions, mais aucune interdiction comparable à celle de l’UE n’est entrée en vigueur à ce jour. Sur ce point précis, l’approche européenne est nettement plus protectrice pour l’investisseur particulier.

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