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Compte-titres vers PER : comment passer de l’un à l’autre et quand c’est avantageux

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La question revient souvent : « Je voudrais transférer mon compte-titres vers un PER, comment faire ? » La réponse courte, c’est qu’il n’existe aucun mécanisme direct entre ces deux enveloppes. Contrairement au PEA qui peut être transféré d’une banque à une autre sans déclencher de fiscalité, le passage d’un compte-titres vers un PER passe obligatoirement par une vente. Ce que ça implique fiscalement, et dans quels cas ça vaut vraiment la peine, c’est exactement ce que j’explique dans cet article.

⚠️ Avertissement : Cet article est à but éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Ma vidéo sur Linxea disponible sur ma chaîne YouTube.

01 Il n’existe pas de transfert direct entre un compte-titres et un PER

Le compte-titres ordinaire (CTO) et le Plan d’Épargne Retraite (PER) sont deux enveloppes d’investissement fondamentalement différentes. Un PEA peut migrer d’une banque à une autre en gardant son antériorité fiscale, parce que c’est la même enveloppe qui se déplace. Pour le CTO vers le PER, rien de tel : ce sont deux véhicules distincts, et la loi ne prévoit aucun mécanisme de glissement de titres de l’un à l’autre.

Ce que vous pouvez faire en revanche : vendre vos positions sur le compte-titres, récupérer le cash, et l’utiliser pour alimenter un PER. L’argent change d’enveloppe, mais il passe par la case « vente » et donc par la case « fiscalité ». C’est précisément là que la réflexion devient intéressante.

Concrètement, le parcours ressemble à ça :

1
Vente des positions sur le compte-titres

Vous choisissez quelles lignes liquider et passez vos ordres de vente. La plus-value réalisée déclenche la flat tax au moment de la cession, pas à la fin de l’année.

2
Rapatriement des fonds

Le produit de la vente revient sur votre compte bancaire ou reste disponible sur le CTO. Le délai de règlement en Bourse européenne est de J+2.

3
Versement sur le PER

Vous alimentez votre PER avec ces fonds, en respectant le plafond de déduction disponible pour l’année en cours, visible sur votre avis d’imposition.

À retenir
  • Aucun transfert direct CTO vers PER n’est possible en France
  • La vente sur CTO cristallise la plus-value et déclenche la flat tax immédiatement
  • L’opération reste fiscalement intéressante dans certaines situations précises
02 La fiscalité à anticiper quand vous vendez

Vendre des positions sur un compte-titres a un coût fiscal. Les plus-values mobilières sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU), dit flat tax, au taux de 31,4% depuis 2026 : 12,8% d’impôt sur le revenu et 18,6% de prélèvements sociaux.

Le calcul de la plus-value nette

La plus-value taxable, c’est la différence entre le prix de vente et le prix d’acquisition, frais de courtage inclus à l’achat. Si vous avez acheté 100 actions à 50€ et que vous les revendez à 80€, la plus-value est de 3 000€ et l’impôt de 942€ (3 000€ × 31,4%). Simple.

Un point souvent sous-exploité : si vous avez des moins-values sur d’autres lignes, elles peuvent compenser vos plus-values de l’année, ou des moins-values reportées depuis les 10 années précédentes. Avec 3 000€ de plus-values et 1 000€ de moins-values reportables, vous n’êtes taxé que sur 2 000€. Ça vaut le coup d’y regarder avant de vendre.

L’option pour le barème progressif

Le PFU à 31,4% s’applique par défaut, mais vous pouvez opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Cette option est globale : elle s’applique à l’ensemble de vos revenus du capital de l’année. Pour les contribuables à la tranche 11% ou en dessous, le barème progressif peut s’avérer moins coûteux. Au-dessus, le PFU est généralement préférable.

31,4%
Flat tax sur les plus-values mobilières (depuis 2026)
10 ans
Durée pendant laquelle vous pouvez reporter vos moins-values
J+2
Délai de règlement-livraison après une vente en Bourse européenne

Composition de la flat tax (PFU) — 31,4% depuis 2026

Prélèvements sociaux — 18,6%
Impôt sur le revenu — 12,8%

Source : Loi de finances 2026. Taux applicable sur dividendes, plus-values mobilières et intérêts.

À retenir
  • Flat tax à 31,4% depuis 2026 sur les plus-values du compte-titres
  • Les moins-values reportables réduisent la base taxable, pensez à les utiliser
  • Option barème progressif possible, avantageuse uniquement sous TMI 30%
  • Les abattements pour durée de détention ne s’appliquent plus aux titres acquis après 2017
03 Quand l’opération est réellement avantageuse

C’est là que ça devient vraiment intéressant. Le PER offre un avantage fiscal immédiat : les versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite de votre plafond d’épargne retraite disponible. Plus votre tranche marginale d’imposition (TMI) est élevée, plus cet avantage est puissant.

Prenons un exemple concret : vous avez 10 000€ sur votre compte-titres, dont 5 000€ de plus-value latente. Vous décidez de tout vendre.

  • PFU payé sur la plus-value : 5 000€ × 31,4% = 1 570€
  • Produit net disponible pour le PER : 8 430€
  • Déduction fiscale sur ce versement selon votre TMI : voir graphique ci-dessous

Gain net immédiat selon votre TMI — pour 8 430€ versés sur PER après vente d’un CTO (5 000€ de PV)

Calcul : (TMI × 8 430€) – 1 570€ de PFU. La fiscalité à la sortie du PER n’est pas intégrée ici — elle dépend de votre situation fiscale à la retraite.

Pour les TMI à 30% et au-dessus, le gain fiscal immédiat dépasse la flat tax payée à la vente. Pour une TMI à 11%, c’est l’inverse : la déduction récupérée (927€) est inférieure à la flat tax payée (1 570€), le bilan immédiat est défavorable de 643€.

Un élément souvent négligé : votre plafond PER disponible, visible sur votre avis d’imposition. Il représente les droits à déduction accumulés, y compris les reports des 3 années non utilisées. Si vous n’avez jamais alimenté de PER, ce plafond peut être nettement plus élevé que vous ne l’imaginez.

Projection du capital sur 20 ans à 7%/an (TMI 30%) — CTO vs PER + déduction réinvestie

Simulation indicative. Hypothèses : 10 000€ initiaux avec 5 000€ de PV, rendement annuel brut 7% constant, TMI 30% stable. Fiscalité à la sortie (flat tax CTO, IR+PS PER) non incluse — elle est favorable au PER pour un TMI effectif à la retraite inférieur à 30%.

Photo de Quentin Retour d’expérience : Quentin

En faisant ce calcul pour la première fois, j’ai réalisé quelque chose que je n’avais pas anticipé : les droits PER se reportent sur 3 ans. Si vous n’avez jamais versé sur un PER, vous cumulez potentiellement 3 années de plafonds non utilisés, parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros de capacité de déduction. C’est ce qui peut rendre un versement massif possible et fiscalement très avantageux en une seule opération. Vérifier ce montant sur votre avis d’imposition devrait être la première étape avant toute décision.

À retenir
  • L’opération devient avantageuse dès TMI 30%
  • Plus votre TMI est élevée, plus l’arbitrage est favorable
  • Vérifiez votre plafond PER disponible sur votre avis d’imposition avant de vous lancer
  • Pour TMI 11%, le bilan immédiat est défavorable : la déduction ne couvre pas la flat tax payée
04 Les étapes concrètes pour passer du CTO au PER

Une fois que vous avez vérifié que l’opération a du sens dans votre situation, voici comment la mettre en oeuvre de façon ordonnée.

1
Identifiez les positions à vendre et simulez l’impact fiscal

Regardez ligne par ligne vos plus-values et moins-values latentes. Si vous avez des moins-values sur certaines lignes, vendez-les en même temps pour compenser fiscalement. Votre courtier affiche généralement la plus-value latente directement dans l’interface.

2
Vérifiez votre plafond PER disponible

Votre plafond figure sur la dernière page de votre avis d’imposition, dans le cadre « Plafond Épargne Retraite ». Il intègre vos droits de l’année et les reports non utilisés sur 3 ans. Inutile de vendre plus que ce que vous pouvez déduire : au-delà du plafond, les versements restent possibles mais ne sont plus déductibles.

3
Passez vos ordres de vente sur le CTO

Vendez les positions retenues. Le délai de règlement-livraison en Europe est de J+2 : les fonds sont disponibles 2 jours ouvrés après l’exécution de l’ordre.

4
Versez sur votre PER avant le 31 décembre

Pour que la déduction s’applique sur les revenus de l’année en cours, le versement doit intervenir avant le 31 décembre. Si vous vendez en décembre, intégrez le délai J+2 et les délais de virement bancaire pour ne pas rater l’échéance. Ce point mérite d’être anticipé.

5
Choisissez vos supports d’investissement dans le PER

Un versement sur PER, c’est de l’argent bloqué jusqu’à la retraite dans la plupart des cas. Investissez en conséquence : si votre horizon est long, les unités de compte en actions ou ETF ont du sens. Plus vous approchez de la retraite, plus une poche sécurisée mérite d’être envisagée.

À retenir
  • Compenser les moins-values avec les plus-values avant la vente réduit la note fiscale
  • Le plafond PER figure sur votre avis d’imposition, dernière page
  • Délai J+2 pour le règlement des ventes en Bourse, à intégrer dans le timing de fin d’année
  • Versement obligatoire avant le 31 décembre pour déduction sur l’année en cours
05 Choisir le bon PER pour accueillir vos fonds

Tous les PER ne se valent pas. Les frais varient énormément d’un contrat à l’autre, et sur un horizon de 15 à 20 ans, 0,5% de frais supplémentaires par an représente une différence très significative sur le capital final.

Les critères à vérifier en priorité

  • Frais d’entrée : certains assureurs prélèvent 2 à 4% sur chaque versement. Les meilleurs PER du marché sont à 0%. Ce point seul peut justifier de changer de contrat.
  • Frais de gestion annuels : sur les unités de compte, ils s’ajoutent aux frais du fonds sous-jacent. Un PER à 1% de frais annuels sur UC + 0,3% de TER ETF, c’est 1,3% de friction par an.
  • Gamme de supports : accès à des ETF indiciels, SCPI, fonds euros ? La diversité des options détermine votre marge de manoeuvre sur le long terme.
  • Flexibilité à la sortie : capital, rente ou les deux ? Certains contrats offrent plus de souplesse que d’autres au moment du déblocage.

Linxea, parmi les références du marché

Parmi les PER que je considère comme bien positionnés, le Linxea PER Spirit se distingue. Zéro frais sur les versements, des frais de gestion contenus sur les unités de compte, et un accès à un catalogue large incluant des ETF indiciels. Le contrat est adossé à Spirica, filiale du Crédit Agricole. Ce n’est pas le seul PER de qualité sur le marché, mais c’est celui que j’évoquerais spontanément si quelqu’un me demande par où commencer.

06 Pour qui cette stratégie est vraiment adaptée

Soyons directs : passer du compte-titres vers un PER n’est pas une stratégie universelle. Elle a du sens dans des contextes précis, et peut être contre-productive dans d’autres.

Les profils pour lesquels ça fonctionne bien

  • TMI 30% ou au-dessus : la déduction PER dépasse la flat tax payée à la vente. Plus la TMI est haute, plus l’arbitrage est favorable.
  • Plafond PER significatif disponible : si vous avez des droits non utilisés sur 2 ou 3 ans, vous pouvez absorber un versement important en une seule fois.
  • Horizon retraite encore long : plus vous avez de temps, plus l’effet de capitalisation sur la déduction fiscale récupérée est puissant.
  • Moins-values dans le CTO : si vous pouvez compenser vos plus-values avec des pertes existantes, le coût de la vente est réduit, voire nul.

Les situations où ça ne s’applique pas

  • TMI 11% : la flat tax coûte plus que la déduction ne rapporte. L’arbitrage immédiat est défavorable.
  • Besoin de liquidité à court terme : l’argent versé sur un PER est bloqué jusqu’à la retraite dans la quasi-totalité des cas.
  • Plafond PER déjà épuisé : sans droits disponibles, aucune déduction n’est possible sur le versement supplémentaire.
  • Retraite très proche : si vous partez dans 2 ou 3 ans, le différentiel de performance n’a pas le temps de jouer, et l’imposition à la sortie peut effacer une partie du gain.

Profil type selon la situation — compte-titres vers PER

Appréciation qualitative par profil. L’axe « Pertinence » représente l’adéquation globale de la stratégie. Ne constitue pas un conseil en investissement.

À retenir
  • La stratégie est avantageuse principalement pour les TMI 30% et au-dessus
  • Un plafond PER disponible significatif est indispensable pour en tirer le meilleur parti
  • L’argent versé sur un PER est bloqué jusqu’à la retraite dans la majorité des cas
  • Pour TMI 11%, l’arbitrage immédiat est généralement défavorable

En résumé

Passer son compte-titres vers un PER, ce n’est pas un transfert au sens technique du terme. C’est un arbitrage : vous vendez, vous payez la flat tax à 31,4% sur les plus-values, et vous versez le produit sur un PER en bénéficiant de la déduction fiscale. Pour les contribuables en TMI 30% et au-dessus, avec un plafond PER disponible, le gain fiscal immédiat peut largement dépasser le coût de la vente.

La première chose à faire avant toute décision : regarder votre avis d’imposition. Le plafond PER disponible conditionne tout le reste.

Questions fréquentes

Peut-on transférer des titres en nature d’un compte-titres vers un PER ?

Non. Aucun mécanisme de transfert en nature n’existe entre un CTO et un PER. Vous devez passer par une vente sur le compte-titres et un nouveau versement en cash sur le PER. La vente cristallise la plus-value et déclenche la flat tax au moment de la cession.

La flat tax est-elle évitable quand on vend sur un compte-titres ?

Réductible, oui. Totalement évitable, rarement. La seule vraie façon de réduire la note : compenser avec des moins-values réalisées la même année ou reportées sur les 10 années précédentes. L’option barème progressif peut valoir le coup pour les TMI 11% et en dessous, mais elle s’applique à l’ensemble de vos revenus du capital, pas juste à une ligne.

Comment connaître mon plafond PER disponible ?

Il figure sur votre avis d’imposition, en dernière page, dans le cadre « Plafond Épargne Retraite ». Ce montant intègre vos droits de l’année et les droits non utilisés des 3 années précédentes. Si vous n’avez jamais alimenté de PER, il peut être nettement plus élevé que vous ne l’imaginez.

Peut-on étaler l’opération sur plusieurs années ?

Tout à fait. Vous n’êtes pas obligé de tout vendre d’un coup. Étaler les ventes sur plusieurs années permet de lisser la fiscalité et d’utiliser votre plafond PER au fil de sa reconstitution annuelle. L’essentiel : chaque versement sur le PER doit intervenir avant le 31 décembre pour être déductible sur cette même année.

L’argent versé sur un PER est-il vraiment bloqué jusqu’à la retraite ?

En grande partie, oui. Les cas de déblocage anticipé sont strictement encadrés : acquisition de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage. En dehors de ces situations exceptionnelles, les fonds restent bloqués. C’est une contrainte réelle à intégrer dans la décision.

Cette stratégie est-elle intéressante si la retraite est proche ?

Moins évident. La déduction fiscale reste valable, mais vous n’avez pas le temps de profiter de la croissance à l’intérieur du PER. Et à la sortie, les retraits sur la part déductible sont taxés comme des revenus ordinaires. Si vous êtes dans ce cas, une simulation chiffrée avec un conseiller fiscal vaut vraiment la peine avant de prendre une décision.

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